Biologie, médecine et évolution: Des théories à découvrir à travers un physiologiste...

A travers deux ouvrages principaux : "Biologie de l'évolution et médecine" et "Quand le gène est en conflit avec son environnement. Une introduction à la médecine Darwinienne", Bernard Swynghedauw, physiologiste et directeur émérite de l'UMR Inserm, ancien président de la FEPS, nous livre sa bibliographie sur des théories passionnantes exposées par un chercheur passionné !

Le premier ouvrage est plus spécifiquement destiné aux enseignants de médecine (et aux étudiants !), tandis que les deux derniers (le dernier étant sous presse) sont des applications du paradigme de l'évolution aux problèmes posés par les conséquences médicales des effets délétères de l'activité humaine en général et du changement climatique en particulier.

Résumés des livres récents de Bernard Swynghedauw

par ordre chronologique

B. SWYNGHEDAUW

Quand le gène est en conflit avec son environnement. Une introduction à la médecine Darwinienne.

De Boeck ed. 2009

Comprendre le fait médical à travers l’évolution biologique, réconcilier la médecine avec ce que la biologie a de plus essentiel est une démarche récente entreprise par quelques pionniers. Par ailleurs enseigner l’évolution n’est guère entré dans les mœurs universitaires. Cet ouvrage se veut combler un vide, celui qui concerne la littérature francophone, et introduire cette notion majeure qu’est l’évolution biologique dite Darwinienne dans l’enseignement médical, vétérinaire, pharmaceutique et biologique.

La médecine évolutionniste est une manière transversale d’envisager la médecine comme un conflit génome/environnement. Le génome a été façonné par un environnement hostile au cours des les milliards d’années de l’évolution. Il s’est pendant ce temps enrichi en gènes responsables de la cascade inflammatoire et du système immunitaire, en gènes retenant les graisses ou le sel. Paradoxalement l’environnement récent a été complètement reformaté par l’activité humaine, il est devenu mal adapté au patrimoine génétique. La diminution des infections et des parasitoses, la disponibilité d’une nourriture abondante et riche en sel sont à l’origine de la longévité accrue de la population et de l’accroissement de l’incidence des maladies auto-immunes, de l’obésité, des diabètes et de l’hypertension. La dernière partie de l’ouvrage aborde les maladies plus complexes : retour à une économie basée sur un accroissement de l’activité physique et sur un régime alimentaire dit « paléolithique », prédominance de l’inflammation dans la genèse des manifestations cliniques de l’athérosclérose et dans celle des conséquences de l’obésité, redéfinition des mécanismes de l’insuffisance cardiaque, cancers vus comme des formes accélérées de l’évolution, redéfinition de la pharmacogénomique à la lueur de l’histoire. Fondamentalement cette manière de voir peut constituer la base scientifique rationnelle d’une politique de santé.

Ce livre est écrit dans un style simple, renvoyant les notions par trop techniques en notes ou en addenda, et abondamment illustré. Il s’adresse à un public large, intéressé à la fois par les applications de la biologie de l’évolution et par les vues nouvelles concernant le fait médical en général.

Christian FRELIN, Bernard SWYNGHEDAUW

Biologie de l’évolution et médecine.

Lavoisier. Paris 2011.

Ce livre a un but essentiellement didactique. Il et préfacé à la fois par Michel Morange, professeur de biologie à Normale Sup et par le doyen JL Dumas (Bobigny. Paris 13). C’est l’ouvrage de référence pour l’acquisition des données fondamentales de la biologie de l’évolution au cours du 1er cycle des études médicales. Dans une première partie, les auteurs résument les données fondamentales qui concernent la biologie de l’évolution. (i) L’histoire de la vie sur la Terre qui est jalonnée de multiples catastrophes qui ont entrainé des destructions massives d’espèces. (ii) La systématique qui est maintenant basée sur les concepts darwiniens et l’existence d’un ancêtre commun (LUCA, « Last Universal Common Ancestor »). (iii) La descendance avec modifications repose sur l’existence de la diversité génétique et celle des mutations. (iv) La sélection de nouveaux caractères et la spéciation qui sont tous deux fruits du hasard et de la pression sélective. La seconde partie fournit plusieurs exemples dans la pratique médicale dans lesquels la biologie de l’évolution fournit des outils permettant la compréhesion de la maladie. L’histoire des facteurs de la coagulation qui sont des protéases acquises au cours de l’évolution et qui permettent à la coagulation de se faire rapidement. L’évolution du couple ligand récepteur, le premier pouvant apparaître avant le second au cours de l’évolution, ce qui explique certains des effets pleiotropes hormonaux. La biologie de l’évolution permet de concevoir globalement la maladie comme le résultat d’un conflit gène/environnement.

Jean-François TOUSSAINT, Bernard SWYNGHEDAUW, Gilles BŒUF

L’homme peut – il s’adapter à lui-même ?

Ouvrage collectif rédigé à la suite d’un colloque. Quae éditeur. Paris. 2011

L’espèce humaine va-t-elle pouvoir s’adapter aux changements qu’elle a elle-même engendré ? En est–il encore temps ? Sur quoi et sur qui nous appuyer dans une phase ou les changements seront multiples, complexes et intriqués ? L’homme a rendu le monde plus vivable, notre espérance de vie au augmenté de façon considérable. Ce faisant il a multiplié par cent sa facture énergétique, ses émissions de gaz à effet de serre et de polluants, il a réduite de façon dramatique les ressources halieutiques et la biodiversité... Peut être a-t-il mangé son pain blanc ? Tout n’est pas joué, mais il y a urgence. Des scientifiques, des médecins, des politiques, des philosophes de tout bord tentent de cerner la réalité pour apporter une première réponse.

Bernard Swynghedauw

Pour une écologie globale de la santé

Editions Belin sous presse

L’activité humaine actuelle est en train de changer complètement notre environnement. Le phénomène est, pour la première fois dans l’histoire de la vie, planétaire au point qu’un prix Nobel, Paul Crutzen, a proposé le terme «anthropocène» pour qualifier la période dans laquelle nous sommes entrés. Le changement climatique, CC, à la fois dans sa globalité et dans ses extrêmes (Ch 1), fait partie d’un ensemble de modifications environnementales dites anthropogéniques dont il est un marqueur, un véritable bio-marqueur en termes de santé publique. La principale caractéristique de ces très nombreuses modifications c’est qu’elles forment actuellement un flux (MacMichael 2013) en accélération continue (« The Great Acceleration» pour Hibbard). «L’enfermement planétaire» (André Lebeau) exige de replacer notre vision de la politique de santé dans ce nouveau contexte.

Il faut pour cela que l’écologie de la santé soit globalisée élargie et puisse inclure toutes les données environnementales susceptibles à la fois d’être modifiées par l’activité humaine et capables d’influer sur notre santé au sens que l’OMS donne à ce terme. Il faut pour cela, d’abord faire (Ch 2), en termes de santé publique, un état des lieux en se basant sur les données épidémiologiques récentes lesquelles montrent l’apparition de risques et de maladies émergents au premier rang desquels se situe l’âge et son corollaire, les maladies non transmissible liées à l’âge. Le second risque émergent majeur est constitué par les innombrables nouveaux polluants d’origine humaine dont on ignore le rôle étiologique.

A coté du CC, les changements de la biodiversité constituent l’un des secteurs les plus préoccupants à moyen terme. Ces modifications sont moins simples qu’on le croit généralement. La biodiversité des Eucaryotes (les animaux, nous, les plantes, les poissons, les insectes…) diminue rapidement, c’est l’évidence, spectaculaire au niveau de certaines espèces, mais ce phénomène n’a qu’une incidence médicale relativement modeste (Ch. 3). Par contre, grâce aux très nombreuses travaux récents faits sur ces deux écosystèmes que sont le sol et le tube digestif (le microbiote, surtout de l’homme), il semble bien que la biodiversité des Procaryotes (c’est-à-dire surtout des Bactéries) et des virus change (avec, entre autre, l’apparition des nouvelles espèces créées par les antibiotiques, les pesticides…) plus qu’elle ne diminue. Ces changements ont une incidence préoccupante sur l’incidence des risques et des maladies les plus courants (facteurs de risque cardiovasculaires, maladies auto-immunes) et sur la distribution géographique des principaux microorganismes (Ch. 4).

Le dernier chapitre s’efforce de faire le recensement des solutions et d’en analyser les limites, tout au moins en termes de santé publique.

Pour le Professeur Toussaint, qui a rédigé la Préface, ce livre est un véritable amer (c’est-à-dire, pour les navigateurs, un repère).

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